LE FILM

 

AVOIR VINGT ANS DANS LES AURÈS est une fiction construite à partir de huit cents heures d'enregistrements d'appelés français pendant la guerre d'Algérie.
Une chronique filmée sur le quotidien de cette guerre, les différents points de vue d'un groupe de tout jeunes soldats dont les capacités d'indignation se confrontent à chaque instant avec la banalité du mal.

 

© Félix Le Garrec

 

Le synopsis

 

Le 21 avril 1961, à l'aube, un commando de chasse va détruire une cache de médicaments de l'A.L.N., dans le Sud des Aurès Nementchas.
Un accrochage très bref : trois morts et un prisonnier côté A.L.N., un mort et un blessé côté français.
Le commando regagne la mechta détruite, d'où le lieutenant doit établir le contact radio avec le P.C. pour qu'un hélicoptère vienne les chercher. Mais le contact s'avère difficile à établir. Le blessé - un sergent, appelé, instituteur dans le civil - revoit dans un demi-délire tout ce qu'a été la vie de ce groupe de copains : leur opposition à la guerre d'Algérie, leurs manifestations, leur envoi dans un camp d'insoumis, dans le Sud de Biskra, et leur enrôlement, par lassitude et ennui, dans ce commando de chasse, dit "commando des Bretons" ou "commando des cheveux longs"… Et puis l'engrenage, qui de ces copains va faire des guerriers, des tueurs… Les premiers coups de feu, auxquels on riposte par peur… les premières vols… pour ramener quelques souvenirs ou pour améliorer le menu… les premières tortures : il faut bien faire parler ! Les premiers viols : au point où on en est ! Les destructions, les pillages, les assassinats… Les visages d'Algériens devenant de plus en plus visages d'ennemis… Et lui, l'instituteur, essayant en vain de freiner ce processus… En vain : tous pourrissent plus ou moins, sauf Noël, Nono les mains blanches, qui refuse de tirer.

 

22 avril 1961
Le radio, Coco, a réussi à joindre le P.C. et a appris le putsch des généraux. Impossible d'avoir un hélicoptère pour l'évacuation du commando et du blessé : une très grande tension règne au terrain d'aviation entre les parachutistes qui se sont ralliés au putsch et les jeunes du contingent qui y sont opposés ; Les hélicoptères sont consignés au sol… Le lieutenant du commando veut se rallier au putsch ; les jeunes soldats l'assomment et le ligotent ; et ils vont attendre dans la mechta la tournure que prennent les évènements.

MON AMI NOËL

 

J'ai entendu parler de Noël pour la première en effectuant un reportage avec un groupe de combattants algériens, en 1956, dans les Nementchas. Ou plutôt, j'ai entendu "chanter" de Noël : son histoire avait été "mise en chanson" par des Algériens du maquis et c'est ainsi que je l'ai connue. Une histoire simple : un jeune Français rappelé en Algérie, qui accepte de porter l'uniforme, mais refuse de tirer, de tuer ; on lui donne à garder un prisonnier algérien qui doit être exécuté sans jugement le lendemain matin ; dans la nuit, il part avec le prisonnier et passe au maquis. Dans la chanson algérienne, on disait : "II était né du côté où l'on donne les coups, il est passé de notre côté, celui où l'on reçoit les coups".

Après, j'ai connu Noël : il était aussi clair, aussi net, aussi franc que son geste, mon ami Noël… En 1956, il a été condamné à mort pour désertion ; en 1963, il a été acquitté - un non-lieu - et, bien sûr, rétabli dans tous ses droits de citoyen.
Dans 10 ans, je pense que l'on chantera son geste dans les écoles françaises… Enfin, non, je ne le pense pas, mais je l'espère.

René Vautier, 1965

Leur prise de conscience politique reste très élémentaire : leur volonté qui s'affirme très haut est simplement de voir cesser cette guerre, de rentrer en France… en un mot, la quille ! Ils suivront les évènements au transistor : le 23, le 24, le 25 avril, l'écroulement du putsch, et l'appel au "rétablissement de la discipline", qui se traduit par la libération du lieutenant, dont le premier ordre est la "liquidation" d'un Algérien…

 

26 avril 1961
Le commando de chasse a regagné son "camp de base" - et le lieutenant a fait attacher à l'éolienne, au point d'eau où les nomades font obligatoirement boire ânes et chameaux, le prisonnier algérien, Youssef. Toute la journée, les bras en croix, il va rôtir au soleil ; le soir et toute la nuit, Noël devra en assurer la garde et, le lendemain matin, le lieutenant le fera exécuter.

Dans la nuit, Noël part avec le prisonnier, et c'est l'aventure de ces deux jeunes, qui ne parlent pas la même langue et peuvent très difficilement se comprendre, dans le désert - la fuite vers la frontière tunisienne, la chaleur, la soif, l'armée lancée à leur recherche - et la mort.

 

 

LE CONTEXTE
Le Putsch des généraux

La guerre d’Algérie dure depuis bientôt sept ans. Le clivage entre la communauté européenne et la communauté algérienne est tel que tout projet « d’intégration », repoussé par les unset les autres, a été abandonné. En théorie, l’armée est entre les deux communautés. Pratiquement, un certain nombre de ses chefs refuse la nouvelle orientation du gouvernement, accusé de « brader » l’Algérie. Et ces chefs se rangent ouvertement, le 22 avril 1961, aux côtés des ultras de l’Algérie Française. C’est le putsch. L’armée hésite - l’armée, c’est avant tout la grande masse des appelés. Et c’est la force d’inertie ou la résistance ouverte de ces appelés qui fera échouer le putsch. Le 26 avril, c’est l’échec du putsch - et les appelés retombent, dans bien des endroits d’Algérie, sous la coupe de ces chefs à qui ils se sont, un moment, victorieusement opposés. « La discipline doit être rétablie au sein de toute l’armée en Algérie. »

 

 

DHR
Le distributeur

Fondée en 2006 sur les principes de l’économie sociale et solidaire, la coopérative DHR se reconnaît dans un rapport à la création artistique dont Robert Filliou donnait une saisissante définition : "L’art c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art." De quoi s’agit-il aujourd’hui, de quelles avant-gardes pourrions-nous avoir le désir de nous sentir proche ?
On peut hasarder une réponse qui relève d’une utopie en même temps que de nos attitudes quotidiennes : produire, diffuser, répartir les richesses autrement, s’émanciper des logiques de concurrence partout où cela est possible. A l’heure où les indicateurs sociaux, écologiques et bancaires sont plus préoccupants les uns que les autres, certains appellent ça "préparer la transition". Quelle que soit l’expression la mieux choisie pour décrire ce qu’il se passe, nous travailllons avec cette conviction : le monde artistique fait partie du monde tout court, et c’est en travaillant sur nos propres représentations de ce monde que l’on peut œuvrer vers une société moins "consumériste", moins "productiviste", à la fois plus libre et plus juste. Au coeur de l’économie solidaire, il y a l’idée de produire moins pour produire mieux, d’aller vers les enjeux qualitatifs du mieux-être et de se défaire un peu des addictions du beaucoup-avoir.
Le politique nous semble être une affaire d’exigences quotidiennes au moins autant que de législations nationales et d’arbitrages internationaux.
Notre crédo de producteurs et distributeurs de films peut tenir en quelques mots : élargir l’agora, susciter le plus largement possible des débats, renforcer les expertises populaires sur les grands sujets politico-écolo-économiques. Continuer de faire émerger une information "bio", à l’heure où l’accumulation de l’info-marchandise relève plus de l’écran de fumée que d’une quelconque source de connaissance.
Le cinéma, au-delà de son statut de 7ème art, a une histoire et un langage qui lui permettent également de faire naître une information d’un nouveau type : une information en dehors des formatages, libérée de l’injonction à traiter des sujets tape-à-l’oeil, une information qui cherche autre chose que nourrir l’audimat en courant après "l’actu". La grande richesse que représentent les milliers de salles d’art et d’essai nous incite à mener une nouvelle bataille d’émancipation : grâce au-x cinéma-s, se réconcilier avec la nature première de l’information qui est de nous permettre de nous situer, de nous documenter, d’étayer des analyses, de nous former en tant que citoyens lucides et actifs.
Nous faisons nôtre cet adage africain : "Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires finiront toujours à la gloire des chasseurs". Il est grand temps que les 99 % de la population mondiale qui subissent les pouvoirs financiers prennent conscience de leur pouvoir. Ou qu’ils prennent le pouvoir de leur conscience.